17 février 2007: départ pour l'ascension du Kilimandjaro...
Par Caro, mercredi 28 février 2007 { Thème Confessions } | 13 commentaires
Allez je me lance dans le récit de l'ascension du Kilimanjaro :
Je retrouve Kris à Dar Es Salam en revenant de Zanzibar, nous ne sommes pas vraiment organisés pour une telle ascension mais coûte que coûte, c'est notre projet, notre rêve, alors on y va, droit devant, on part direction Moshi, point de départ de tous les arrangements pour un tel périple.
On y arrive vers 21h30 et comme si de rien n'était, en 10 minutes, on a une chambre d'hôtel, deux bières fraîches et un guide qui arrive sous peu pour démarrer l'ascension le lendemain matin avec nous. Comme dans un rêve, on entre dans la partie négociation et on va se coucher comme des fleurs pour être bien prêt comme il faut...
Bon, j'ai pas de lunettes de soleil ce qui explique que mes yeux piquent encore un peu, Kris voulait y aller en chaussures de tennis, j'ai oublié la seule fourchette et la seule cuillère que nous avions prévus etc etc... Mais pas de panique, on est pas tout seul sur le massif et y'aura toujours de quoi manger et boire de l'eau alors yallah c'est parti...
JOUR 1 : (1800 m / 3000 m)
En forêt, on démarre par 3 ou 4h de marche tranquille sous une vraie jungle, très dense. On a l'impression que c'est un miel de couleur vert qui dégouline partout sur les branches qui s'entrelassent dans tous les sens. Pas beaucoup de bruit comme on pourrait l'imaginer alors on se fait la discute avec Kris, on trouve un bel endroit pour le déjeuner et mon cher accompagnateur ne perd pas l'occasion de faire tomber son sac à dos dans un p'tit cours d'eau, faut bien commencer les galères sinon c'est pas drôle !!!
On arrive au camp n°1, plein de touristes, on établie déjà des stratégies pour les éviter mais c'est pas facile, ils sont partout et dans tous les genres ... J'ai dormi une partie de la nuit dehors et je crois n'avoir jamais vu un ciel aussi étoilé... dédicace à ma petite buse, pas facile de trouver tes pléiades !!!...
JOUR 2 : (3000 m / 3850 m)
Il y a normalement 4 heures de marche et je crois que nous avons mis un peu plus de 2h30 avec Kris, on tient la forme et on enchaine les paysages vraiment changeants. La marche commence a être rythmée, la mécanique est installée dans nos jambes et ça se déroule plutot pas mal.
Le terrain est pas difficile et ça avance bien, pas vraiment d'intempéries, un peu de brume c'est tout. Ces deux premiers jours ne donnent pas une impression de sommet le plus haut d'Afrique, je me demande un peu où nous sommes et vers quoi on se dirige.
Nous avons les premiers aperçus du sommet et on rêve déjà ... Un spot super pour se coucher, une vallée toute entière pour nous, on attend le lever du soleil avec impatience, les couleurs vont exploser dans tous les sens, je le sens déjà ...
JOUR 3 : (3850 m / 4300 m / 3950 m)
Journée un peu plus festive que les autres, on grimpe puis on descend. Après avoir atteint l'endroit où tous les touristes restent pour le déjeuner, nous avons une montée difficile, vraiment rude mais on y va et on trouve un gros rocher en cours de route pour la pause sandwich.
J'ai l'impression que nous trouvons toujours de quoi nous isoler des touristes et heureusement parce que je n'avais pas imaginé que cette montagne soit aussi transformée en gouffre à devises étrangères mais ça c'est une autre histoire. Au moins, nous sommes sur le parcours MACHAME et non pas la voie MARANGU alias la Coca Cola Road, rien que le nom me rend dingue ... On trouve une fois encore un endroit super pour dormir et des porteurs très sympas nous apportent le thé, l'Afrique peut te surprendre à chaque instant...
JOUR 4 : ( 3950 m / 4600 m)
Dernière étape avant le départ pour le sommet, la journée la plus difficile depuis le début. On monte en puissance et ça grimpe de plus en plus, il faut tourner à l'aspirine car les maux de têtes sont redondants et très éprouvants. Nous sommes juste en dessous du sommet, on se couche en l'admirant mais en pensant sérieusement au réveil suivant. Celui-ci se fera a 00h30 pour un départ a 1h, ce sera donc une ascension de nuit, tout comme le Cotopaxi il y a 6 ans, j'ai l'impression que c'était hier. Nous avons 5895 mètres devant nous, nous sommes à 4600 mètres, cela nous laisse 1300 mètres de dénivelés positifs, ça va pas être de la tarte !!!
JOUR 5 :
On se lève, rien dans le ventre, pas très malin ... On démarre doucement dans le noir. Notre guide n'a plus de lumière alors je lui prête ma frontale et on avance. Pas vraiment froid mais faut pas être trop lent sinon tu refroidis très vite. Kris a un peu de mal puis de plus en plus, il a besoin de pause régulièrement, l'altitude fait son effet et les forces s'amaincissent. Perte d'équilibre, manque d'air, ça devient très compliqué et il décide de ne pas continuer. Kris redescend alors avec le guide et me voilà parti à l'assaut du Kilimanjaro pas vraiment tout seul parce qu'il y a d'autres grimpeurs où plutôt d'autres loupiottes qui se balladent mais je sens que je vais me le faire en solo.
J'attrape un premier groupe, trop lent, faut que j'avance plus vite. Je perds parfois le chemin alors il me faut passer à travers les pierres. Quelques instants de panique quand je n'apperçois plus aucune lumière, je retire ma capuche et mon bonnet et je me mets a accélérer jusqu'aux prochaines lumières visibles, le rythme cardiaque s'emballe et la respiration se fait difficile dans ces situations-là . Je passe plusieurs groupes de marcheurs et il faut affronter la poussière qui se soulève de leurs pas et comme vous avez la bouche grande ouverte à la rechercher d'oxygène disponible, ce n'est pas très agréable. C'est d'abord une sensation de froid sur le bout des doigts puis les pieds puis inversement, c'est horrible et douloureux.
Il est 4h30 et je prends une petite pause, on m'apprend qu'il reste 2 heures de marche. Là je ne sais pas comment mais j'accuse la fatigue et je dois absolument m'asseoir. Je suis dos à un rocher et je commence à trembler. Mais comment avancer encore deux heures alors que je suis au bout de mes forces ??? Les questions fusent et je ne sais pas du tout comment cette histoire va finir. Je commence un peu à stresser quand même, je suis seul et je ne sais pas si je serai assez résistant pour finir cette ascension.
Tout d'un coup, j'ai un flash: Les couvertures de survie (merci mon oncle Franckie) alors j'en sors une et je me roule dedans durant un quart d'heure, je rentre la tête le plus possible entre mes épaules et voici venu le moment de prendre une décision, si je me réchauffe suffisamment, je repars pour en finir à 5895 metres d'altitude, si je ne me remotive pas en très peu de temps, je devrais faire demi tour...
Le kilimanjaro est à l'image de notre projet, aller jusqu'au bout de nos ressources pour y arriver... C'est la force morale qui prend le dessus et me voilà reparti...
Je pleure, je ris, je hurle intérieurement, j'explose de nervosité, ce ne sont pas mes jambes qui avancent mais mon cerveau qui enchaine les pensées en tout genre et qui fait que l'effort ne se fait plus sentir. Les idées fusent, je suis enragé et je ne vois pas pourquoi je n'y parviendrai pas alors que d'autres le peuvent.
Manque de préparation physique, peut-être pas le matériel le plus adéquat ... des excuses... j'irai en haut non pas sans douleur mais ce sera forcément un bon souvenir et aujourd'hui ça l'est... un moment inoubliable... Etre allé au bout de moi-même et avoir découvert des limites physiques encore inexplorées est une sensation unique au monde.
D'un coup, l'horizon rougit, ce sont les derniers mètres, il faut arriver en haut pour voir le soleil sortir comme un boulet de canon. J'accélère sur les derniers mètres, je vois un rocher, je fonce, je pose tout ce que j'ai sur le dos, je tremble mais je ne m'en rends pas compte et là enfin, la récompense, le soleil sur le toit de l'Afrique, un spectale n'ayant pas de prix et que les rumeurs disparaissent dans la seconde, le Kilimanjaro est bel et bien recouvert de neige et de glaciers. Toute cette masse blanche diminue certes mais il y en a encore un paquet.
Ne pas se rassurer trop vite, les dérèglements climatiques sont bien réels mais il ne faut pas raconter n'importe quoi et tout simplement aller voir de ses propres yeux ...
Quelle sensation... il faut encore grimper une bonne heure pour atteindre le pic UHURU à 5895 mètres d'où on voit le cratère mais qu'on ne peut pas approcher de trop près malheureusement. Il y a une superbe mer de nuages sur la droite, des glaciers font leur apparition de partout, c'est incroyable. Je n'en crois pas mes yeux, je pleure encore une fois, un rêve de plus vient de s'incrire sur ma liste d'objectifs réalisés, je me sens bien...
J'ai ma boussole porte-bonheur merci à Pat, Arno, Jibe et Repie. Je pense à mes accompagnateurs de treck en Amérique Latine (Jerem, Jibe, Fred, Dan et Jess). J'ai une forte pensée pour eux avec qui j'ai vécu ce genre de sensation alors messieurs, faudra absolument envisager cette ascension une fois dans votre vie, je vous recommande la meilleure préparation et une belle force de caractère et comme dit si bien Jerem : '' Allons voir ce qu'il y a de l'autre côté de la montagne... ''
Le temps de faire une photo avec un petit papier où il est inscrit : '' le 22/02/07, 5895 mètres, Kilimanjaro, POUR LOUISE '' En effet, ma nièce aura 3 ans le 26 février, bon anniversaire mon coeur, j'irai jusqu'au bout du monde pour tes yeux bleus ...
La descente est dure, je suis extenué et j'apprends à mon arrivée au camp qu'il y a 4 heures de plus pour rejoindre le camp où nous passerons la dernière nuit. Heureusement, je retrouve Kris en milieu de chemin qui va beaucoup mieux. Il a eu le bon reflexe en faisant demi-tour parce que nous n'avions même pas fait un quart du chemin et il aurait été très dangeureux de vouloir s'obstiner. Je lui dédicace ce sommet et suis très heureux d'avoir partagé cette expérience avec lui, merci encore mon pote et ne te fais pas de souci, le Kili est sur ta route quoiqu'il arrive ...

Le Kilimanjaro ou la raison d'être de notre projet : '' Repousser les limites, aller plus loin, plus haut en partageant nos émotions ''































